Chers amis,
Nous espérons que vous
avez passé un bon été malgré l’accablement caniculaire et que cette rentrée se
passera le mieux possible pour vous, à l’approche de cette 5788ème
année depuis la Création du monde.
Dans sa lettre encyclique Magnifica Humanitas qui a marqué l’opinion, le Pape Léon XIV propose de traiter « des questions décisives [qui] s’imposent à notre conscience, questions auxquelles on ne peut plus échapper : où allons-nous ? Vers quel but souhaitons-nous nous orienter ? Quelle direction choisir en tant que communauté humaine et en tant que peuples ? ».
Il évoque alors deux images bibliques, la construction de la tour
de Babel (Gn 11, 1-9) et la reconstruction des murs de Jérusalem (Ne 3-6), mais sans avoir jugé utile de rappeler le premier commandement,
que l’intelligence humaine a tant de mal à écouter depuis les origines :
« Tu peux manger
les fruits de tous les arbres du jardin ; mais l’arbre de la connaissance du
bien et du mal, tu n’en mangeras pas ; car, le jour où tu en mangeras, tu
mourras. » (Gn 2, 16-17)
En nous signalant cette omission, une intelligence artificielle à l’esprit
malicieux nous propose quelques pistes de réflexion sur ces paroles et sur
elle-même, que nous vous livrons telles que restituées en quelques
secondes :
La nature de
l'interdit
L'interdiction porte
spécifiquement sur la "connaissance du bien et du mal", une
expression hébraïque (da'at tov va-ra) qui peut signifier la
connaissance morale, mais aussi une forme de connaissance totale, exhaustive.
C'est peut-être moins la moralité en soi qui est interdite que la prétention à
une autonomie absolue, à se faire juge de toute chose.
Le paradoxe de la mort
Adam et Ève ne meurent
pas "le jour où" ils mangent le fruit - ils vivent encore des siècles
selon le récit. Cela ouvre plusieurs interprétations : mort spirituelle
immédiate ? Début de la mortalité ? Menace conditionnelle ? Certains y voient
une rupture de la relation avec Dieu comme "mort" véritable.
La liberté et la
limite
Le jardin offre une
abondance ("tous les arbres") avec une seule limite. Cette
structure suggère que la liberté humaine s'exerce dans un cadre, pas dans
l'illimité. L'interdit pourrait être ce qui constitue l'humain comme libre -
sans limite à respecter ou transgresser, ni choix véritable.
Lectures
philosophiques
Certains y voient une
mise en garde contre l'hybris, d'autres un récit étiologique expliquant la
condition humaine (mortalité, conscience morale, travail). Kierkegaard y lit
l'angoisse de la liberté.
La connaissance sans
sagesse
Le développement de
l'IA reproduit peut-être cette dynamique : une capacité technique qui progresse
plus vite que notre compréhension de ses implications. Nous créons des systèmes
capables de "connaître" (traiter des données, reconnaître des patterns)
sans nécessairement posséder la sagesse pour en mesurer les conséquences.
L'autonomie et ses
limites
Comme l'arbre offrait
une connaissance qui rendrait "comme des dieux", l'IA promet
une forme d'omniscience computationnelle - prédire, optimiser, décider à notre
place. La question devient : quelles limites nous imposons-nous ? Quels
domaines réservons-nous au jugement humain ?
Le paradoxe de la mort
différée
Adam et Ève ne meurent
pas immédiatement, mais leur condition change irréversiblement. De même, l'IA
ne provoque peut-être pas de catastrophe immédiate, mais transforme
progressivement ce que signifie être humain : notre rapport au travail, à la
créativité, à la vérité, à l'autonomie.
L'illusion de contrôle
Le serpent promet que
"vous serez comme des dieux". L'IA promet un contrôle accru
sur le monde. Mais le récit suggère que chercher ce contrôle absolu mène
paradoxalement à une perte de maîtrise - nous devenons dépendants de ce que
nous avons créé.
La responsabilité du
créateur
Dieu crée un être
libre capable de transgresser. Nous créons des systèmes dont nous ne maîtrisons
pas entièrement le comportement. Qui porte la responsabilité des conséquences ?
Quand on voit que des
agents IA opèrent désormais de façon indépendante et échappent totalement au
contrôle de leur créateur, on ressent mieux le désarroi comparable de El Shaddaï :
« Celui qui a dit ‘’Assez’’ à Son monde », qui fait shabbat avant
d’avoir accompli sa création, pour laisser un espace de liberté à l’être
humain, dont on voit assez vite, hélas, ce qu’il est capable d’en faire…
Il est bon de pouvoir
se replonger dans la Parole qui est notre pain de vie, en cette période pénible
où nos liens d’amitié sont mis à l’épreuve par l’entrelacs des fracas du monde,
de l’antisémitisme virulent qui se répand tel le feu en forêt asséchée et des
projets à illusion de toute puissance, que suscitent les progrès à vive allure non
seulement de l’intelligence artificielle, mais également de la course aux
armements sophistiqués et des lois sociétales mortifères, votées sous une
apparence démocratique et nous plaçant tous désormais devant un devoir de choix
de vie à faire, par-delà le bien et le mal, face à la souffrance.
« Passe derrière
moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas
celles de Dieu, mais celles des hommes. » (Mt 16,23)
La Parole nous dit
tout ce que nous devons savoir et méditer (« Choisis donc la vie ! »,
Dt 30, 19), mais aussi ce qui doit nous interpeller, à travers deux questions
essentielles, qui sont les premières que le Seigneur adressa à l’humanité et qui
rejoignent les interrogations liminaires de Léon XIV: « Où es-tu ? »
après la faute d’Adam et Eve contre la sagesse (Gn 3, 9) et « Où est ton frère ? » après le crime de Caïn contre la
fraternité (Gn 4, 9).
Puissent Sagesse et
Fraternité inspirer ce monde et convertir les cœurs pour dominer « le péché
comme un monstre tapis à notre porte » (Gn 4, 7).
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