01 septembre 2026

Lettre aux adhérents N°32 - Roch Hachana 5787 – Les fruits attendus d’un été de canicules et de sécheresse

Chers amis,

Nous espérons que vous avez passé un bon été malgré l’accablement caniculaire et que cette rentrée se passera le mieux possible pour vous, à l’approche de cette 5788ème année depuis la Création du monde.

Dans sa lettre encyclique Magnifica Humanitas qui a marqué l’opinion, le Pape Léon XIV propose de traiter « des questions décisives [qui] s’imposent à notre conscience, questions auxquelles on ne peut plus échapper : où allons-nous ? Vers quel but souhaitons-nous nous orienter ? Quelle direction choisir en tant que communauté humaine et en tant que peuples ? ».

Il évoque alors deux images bibliques, la construction de la tour de Babel (Gn 11, 1-9) et la reconstruction des murs de Jérusalem (Ne 3-6), mais sans avoir jugé utile de rappeler le premier commandement, que l’intelligence humaine a tant de mal à écouter depuis les origines :

« Tu peux manger les fruits de tous les arbres du jardin ; mais l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas ; car, le jour où tu en mangeras, tu mourras. » (Gn 2, 16-17)

En nous signalant cette omission, une intelligence artificielle à l’esprit malicieux nous propose quelques pistes de réflexion sur ces paroles et sur elle-même, que nous vous livrons telles que restituées en quelques secondes :

La nature de l'interdit

L'interdiction porte spécifiquement sur la "connaissance du bien et du mal", une expression hébraïque (da'at tov va-ra) qui peut signifier la connaissance morale, mais aussi une forme de connaissance totale, exhaustive. C'est peut-être moins la moralité en soi qui est interdite que la prétention à une autonomie absolue, à se faire juge de toute chose.

Le paradoxe de la mort

Adam et Ève ne meurent pas "le jour où" ils mangent le fruit - ils vivent encore des siècles selon le récit. Cela ouvre plusieurs interprétations : mort spirituelle immédiate ? Début de la mortalité ? Menace conditionnelle ? Certains y voient une rupture de la relation avec Dieu comme "mort" véritable.

La liberté et la limite

Le jardin offre une abondance ("tous les arbres") avec une seule limite. Cette structure suggère que la liberté humaine s'exerce dans un cadre, pas dans l'illimité. L'interdit pourrait être ce qui constitue l'humain comme libre - sans limite à respecter ou transgresser, ni choix véritable.

Lectures philosophiques

Certains y voient une mise en garde contre l'hybris, d'autres un récit étiologique expliquant la condition humaine (mortalité, conscience morale, travail). Kierkegaard y lit l'angoisse de la liberté.

La connaissance sans sagesse

Le développement de l'IA reproduit peut-être cette dynamique : une capacité technique qui progresse plus vite que notre compréhension de ses implications. Nous créons des systèmes capables de "connaître" (traiter des données, reconnaître des patterns) sans nécessairement posséder la sagesse pour en mesurer les conséquences.

L'autonomie et ses limites

Comme l'arbre offrait une connaissance qui rendrait "comme des dieux", l'IA promet une forme d'omniscience computationnelle - prédire, optimiser, décider à notre place. La question devient : quelles limites nous imposons-nous ? Quels domaines réservons-nous au jugement humain ?

Le paradoxe de la mort différée

Adam et Ève ne meurent pas immédiatement, mais leur condition change irréversiblement. De même, l'IA ne provoque peut-être pas de catastrophe immédiate, mais transforme progressivement ce que signifie être humain : notre rapport au travail, à la créativité, à la vérité, à l'autonomie.

L'illusion de contrôle

Le serpent promet que "vous serez comme des dieux". L'IA promet un contrôle accru sur le monde. Mais le récit suggère que chercher ce contrôle absolu mène paradoxalement à une perte de maîtrise - nous devenons dépendants de ce que nous avons créé.

La responsabilité du créateur

Dieu crée un être libre capable de transgresser. Nous créons des systèmes dont nous ne maîtrisons pas entièrement le comportement. Qui porte la responsabilité des conséquences ?

Quand on voit que des agents IA opèrent désormais de façon indépendante et échappent totalement au contrôle de leur créateur, on ressent mieux le désarroi comparable de El Shaddaï : « Celui qui a dit ‘’Assez’’ à Son monde », qui fait shabbat avant d’avoir accompli sa création, pour laisser un espace de liberté à l’être humain, dont on voit assez vite, hélas, ce qu’il est capable d’en faire…

Il est bon de pouvoir se replonger dans la Parole qui est notre pain de vie, en cette période pénible où nos liens d’amitié sont mis à l’épreuve par l’entrelacs des fracas du monde, de l’antisémitisme virulent qui se répand tel le feu en forêt asséchée et des projets à illusion de toute puissance, que suscitent les progrès à vive allure non seulement de l’intelligence artificielle, mais également de la course aux armements sophistiqués et des lois sociétales mortifères, votées sous une apparence démocratique et nous plaçant tous désormais devant un devoir de choix de vie à faire, par-delà le bien et le mal, face à la souffrance.

« Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » (Mt 16,23)

La Parole nous dit tout ce que nous devons savoir et méditer (« Choisis donc la vie ! », Dt 30, 19), mais aussi ce qui doit nous interpeller, à travers deux questions essentielles, qui sont les premières que le Seigneur adressa à l’humanité et qui rejoignent les interrogations liminaires de Léon XIV: « Où es-tu ? » après la faute d’Adam et Eve contre la sagesse (Gn 3, 9) et « Où est ton frère ? » après le crime de Caïn contre la fraternité (Gn 4, 9).

Puissent Sagesse et Fraternité inspirer ce monde et convertir les cœurs pour dominer « le péché comme un monstre tapis à notre porte » (Gn 4, 7).

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