mardi 17 décembre 2019

Une initiative de l'AJC de France - 3 questions aux présidents de groupes locaux

Le comité directeur de l’AJCF propose une nouvelle rubrique, destinée à permettre une meilleure information sur la vie des différents groupes locaux. Cette rubrique est conçue pour être alimentée par la réponse à 3 questions, auxquelles les membres du Bureau et du Conseil d'Administration du groupe de Saint-Germain ont confié les réponses au président en charge de les porter.
 
1) Vous êtes président du groupe d’Amitié Judéo chrétienne de Saint-Germain en Laye et Environs. Qu’est ce qui a motivé votre engagement dans le dialogue entre Chrétiens et Juifs ?
Le groupe de Saint-Germain est né en avril 2012, deux ans après une Expo-Bible assortie de conférences, qui avait rencontré un grand succès.
Un ancien groupe local, animé entre autres par Liliane Apotheker, s'était arrêté quelques années plus tôt, faute de renouvellement de l'équipe.

Invité par l'un des membres fondateurs à me joindre à eux à la constitution de l'association, j'ai accepté d'en prendre la présidence. N'ayant pas participé aux actions antérieures, ni porté jusqu'alors beaucoup d'attention à l'histoire des relations entre juifs et chrétiens (dans l'ignorance même de Nostra Aetate) et encore moins à l'existence de l'AJCF, c'est en néophyte que je suis entré dans cette véritable fraternité.
Le terreau était certainement préparé à recevoir cette bonne graine sans que je m'en sois réellement aperçu, par les questions que je pouvais me poser en écoutant les écrits chrétiens ou en parcourant l'histoire de nos civilisations. J'étais particulièrement touché par la Shoah et le mystère de l'humanité qui s'y était exprimé, dans la cruauté comme dans la souffrance, dans la passivité ou la complicité, mais aussi dans le courage et la ténacité.
C'est donc une lente et longue fructification qui procure ma principale motivation et celle des membres du Bureau et du Conseil d'administration, ainsi que les nombreux adhérents qui nous rejoignent et nous restent fidèles.
2) Pour incarner cette Amitié, dont votre groupe porte le beau nom et qui nous motive tous, quelles actions souhaitez-vous mener : acquisition de connaissances ? Temps de convivialité ? Recherche de partenariats ? Établissement (ou renforcement) de relations avec les institutions chrétiennes et  juives ? avec Israël ?...
Les 70 années passées, depuis Seelisberg et la création de l'AJCF, ont permis de construire une vision cohérente, profonde et ouverte de cette relation particulière qui unit Juifs et Chrétiens. Malgré ces acquis, de nombreuses questions continuent de venir de chaque génération, auxquelles nous sentons dans notre groupe le besoin de toujours y répondre.
En quoi Juifs et Chrétiens peuvent-ils se reconnaître mutuellement ? Comment affirmer son identité, vivre et accepter en confiance l’altérité dans les différences irréductibles ? Comment avancer ensemble, avec des vocations propres et complémentaires, pour accompagner l'humanité dans ses défis contemporains (et pour le Salut, chez les croyants) ? Comment peut-on intégrer plus en profondeur les fruits du dialogue entre "l’un et l’autre testament" (Paul Bauchamp) dans les enseignements et les commentaires liturgiques ?
Les chrétiens, pour soutenir leur Eglise en difficulté, ne trouveraient-ils pas avec le peuple juif ce qu’apporte, dans la fidélité, le questionnement permanent de la Parole ? Peuvent-ils accepter la diversité, sans craindre de sombrer dans le relativisme ou le syncrétisme ?
Et les juifs peuvent-ils trouver dans leurs frères chrétiens qui sont devenus leurs amis, un soutien vital pour leur existence persistante dans le monde et sur leur Terre, pour laquelle nous souhaitons que soient trouvés les chemins de la paix ?
Que manque-t-il pour les paroles consolatrices et fortifiantes que nous espérons porter soient plus largement entendues ?
L’action locale permet de mettre à la portée de tous, même avec des moyens limités, les accès aux chemins qui mènent vers des réponses éclairantes sur tous ces sujets.
Ainsi, avec des adhérents des deux groupes de Versailles et Saint-Germain, je suis membre de l'équipe du délégué catholique diocésain pour les relations avec le judaïsme. Je participe donc aux actions organisées pour établir un contact, tenter de développer des relations personnelles avec les représentants des communautés et sensibiliser les catholiques à la découverte du judaïsme vivant d'aujourd'hui (sessions de formation).

Les réunions du Conseil d'administration de notre groupe (3 à 4 par an) dont la composition est bien diversifiée et nos conférences (5 à 7 par saison) restent toutefois les principales occasions de rencontre et de dialogue. Il est difficile de consacrer plus de temps à des actions différentes, et faute de pouvoir confier des missions spécifiques à beaucoup d'autres personnes pour démultiplier les énergies.



Ceci a pour principale conséquence qu’en dehors de chaleureuses relations amicales entre personnes qui s’apprécient, nos communautés, déjà accaparées pour leurs actions propres, ne parviennent pas à mieux se connaître et s’enrichir mutuellement, par des rencontres plus fréquentes. Néanmoins, est organisée depuis 2001, par la municipalité de Saint-Germain en Laye le 11 novembre, une cérémonie interreligieuse. Celle-ci permet aux représentants des communautés juives, chrétiennes et musulmanes, dans leur diversité, d’exprimer leur attachement citoyen à la liberté religieuse, de conscience et d’expression comme au respect mutuel, en sachant surmonter les tensions de notre temps.
3)  Au cours de l'année qui vient de s'écouler, quel a été votre plus grand souci ? votre plus grande joie ? Et pour l'avenir, qu'espérez-vous de ce dialogue entre Juifs et Chrétiens ? 

Dans des sociétés qui se fracturent, avec des institutions en crise qui font face à la montée des communautarismes agressifs (religieux, identitaire ou idéologique) et une certaine désespérance d’individus en perte de repère (et de Père ?), nous savons et nous sentons déjà que le climat est propice à la résurgence de l’antisémitisme violent. Nous savons aussi, depuis la Shoah, qu'il est une menace létale contre le christianisme. Ceci est le plus grand souci partagé au sein de notre groupe.
Notre joie est de savoir que par notre amitié, même encore récente au regard des siècles, il est possible de se soutenir et se protéger mutuellement en fraternité, afin d'affronter la menace et la peur qu’elle fait revenir dans les esprits. 



Nous espérons que le dialogue entre juifs et chrétiens continuera d'inspirer et convertir les cœurs. Notre objectif est surtout de toucher les nouvelles générations en quête spirituelle et en recherche de nouvelles valeurs, qui tâtonnent dans un monde décrit comme sécularisé et en dérive éthique.
Nous attendons de nouvelles initiatives et actions de l'AJCF, forte de son passé depuis sa création par Jules Isaac, dont nous devons nous rappeler, sans cesse, que sa plus bouleversante réalisation fut d'obtenir de Jean XXIII le lancement de ce qui donna quelques années plus tard le §4 de Nostra Aetate, preuve concrète d’un retournement salutaire.


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